Livre en cours (extrait 2)

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… suite

Je regarde enfin le reste du visage. Des cheveux bruns ébouriffés par la tuque que tu viens d’enlever de ta tête.

En me levant, j’en perds le sens de l’orientation et je fonce dans Mathieu qui remarque mon air absent et me dit d’un air entendu :

— Il est beau Guillaume, hein?

— Comment tu le connais?, que je lui demande

— C’est le nouveau serveur de fin de semaine, j’imagine que le grand boss voulait quelqu’un de plus beau pour les yeux, regarde-moi l’allure, j’ai l’air de rien à côté de lui.

— Inquiète toi pas Mat, je viens ici pour toi et tes beaux yeux » que je lui réponds, avec le plus grand sourire du monde.

Et pour ceux de Guillaume à partir d’aujourd’hui, que je rajoute comme note mentale.

Je quitte le café avec un espèce de vide dans mon cerveau. J’entends tellement Marie, ma meilleure amie, me dire :

— Il y a toujours un vide dans ton cerveau Sophie, ce n’est pas nouveau.

Les obligations de la vie me font totalement oublier cette rencontre. Je ne suis pas du genre coup de foudre, je le sais bien, mais pour lui, je sens bien que c’est différent. Je ne sais pas trop pourquoi.

***

La session vient tout juste de commencer mais je ressens déjà tout le poids de mes travaux qui s’en viennent. À l’aide! La semaine passe lentement et péniblement mais arrive samedi. Comme vous vous en doutez bien, je suis encore en chemin vers mon café préféré rue St-Denis, livres à la main et les cheveux tellement dépeignés que même les brosses me fuient. J’entre brusquement dans le café en attente d’entendre la voix criarde de Mathieu me dire la même phrase depuis bientôt 2 ans, mais à la place de cette voix, j’entends une voix grave et rauque qui vient me chercher dans mes tripes et qui me fait peur mais du bien en même temps. Vous savez ce que je veux dire? Cette voix qui rassure et qui nous charme. Et bien oui, je parle de Guillaume. Je ne saisis pas ce qu’il dit donc je demande :

– Pardon?

– Un café pour vous mademoiselle? Un croissant? Un muffin? Salade de fruits? Sandwich?

Il sourit.

Mathieu arrive soudainement derrière moi et me crie, encore :

— SOPHIE! Je t’amène ton café et ton croissant, attends-moi ici.

— Non, non Mathieu, je m’en occupe, inquiètes toi pas, lui dit Guillaume.

Maintenant c’est moi qui souris.

– Tu peux aller t’asseoir je – C’est Sophie ton nom hein? – je t’amène ça tout de suite, me dit-il avec un grand sourire.

Tu viens de devenir mon serveur préféré Guillaume, désolée Mathieu, tu viens d’être détrôné par Mr. Charmant.

Bien sûr, je n’arrive pas à me concentrer de l’après-midi et je me trouve tellement nunuche de rester là à attendre qu’il vienne me voir. Je suis une femme indépendante et forte, je n’ai pas besoin d’attendre après lui pour rien du tout.

Mais comme ma sage amie Marie me dirait :

– Maudit que t’es triste à voir Sophie, fait un homme de toi. La féministe en moi n’aime pas vraiment cette affirmation. Comme si c’était supposé me faire sentir mieux avec moi-même. Merci pour ton tact habituel Marie.

On s’échange des regards mais sans plus et je crois même que c’est parce que je le dévisage et qu’il se sens brimé dans son droit de travailler en paix sans avoir de nunuche qui le regarde.

Mes travaux prennent toute la place du reste de mon après-midi. Je lève les yeux un centième de seconde et je vois entrer mon pire cauchemars, ma peur éternelle. Mon cœur se mets à battre tellement fort que j’ai l’impression d’être dans un show de dubstep, moins les ‘Wub, Wub, Wub’ bien sûr. Je ne sais plus quoi faire de moi-même, donc je baisse les yeux en espérant que mon démon ne me voit pas.

– Sophie ?

NOOOON!!! (Je dois partir au plus vite d’ici)

– Aw! Salut Laurent … Comment vas-tu?

– Super en fait, je vais être papa. Je t’avoue que je capote un peu !

– Aw et bien félicitation Laurent … (je crois que la meilleure feinte serait de disparaître) Qui est l’heureuse nouvelle mère? (pourquoi je demande ça?)

– Euhm … C’est Caro … tu te souviens d’elle?

– Comment oublier, que je réponds.

Laissez-moi vous expliquer tout ça. Laurent est un assez beau garçon qui, il y a 1 an et demi, m’a brisé le cœur en mille morceaux. Après avoir été ensemble plus de 2 ans, monsieur décide de me tromper avec la blonde d’un autre de mes amis. Ça c’est Caroline Bouchard. Pas possible! Et bien c’est ça que je me suis dit jusqu’à temps que je les surprenne ensemble dans notre lit. PAS COOL! Non monsieur. Le pire dans tout ça c’est qu’il m’avait dit ne jamais vouloir d’enfants.

– Écoute ‘Soph’, je suis désolé …

Je me lève et je m’en vais, sous le regard ébahi de Laurent. Dehors c’est une pluie torrentielle et comble du malheur, je n’ai pas de parapluie. Heureusement, je n’habite pas très loin et de toute façon, la pluie cachera mes larmes qui, malgré moi, coulent le long de mes joues. Je m’étais pourtant promis de ne plus pleurer pour lui, c’est du passé de toute façon.

Le soir venu, je reçois un appel de ma mère qui habite trop loin à mon goût, elle a décidé de déménager à 3 heures de Montréal avec son nouveau chum Richard.

– Tu ne viens jamais me voir, Sophie

– C’est TOI qui es parti je te ferai remarquer

– Ta sœur s’ennuie de toi

– Dis-lui que demain j’arrive très tôt et que bientôt on va sortir elle et moi.

– Je t’aime

– Moi aussi maman, à bientôt

Je ne voulais pas lui parler de Laurent, ma mère adorait Laurent. Ce qui a rendu notre séparation encore plus difficile.

À suivre…